• Birmanie : l'armée de Dieu dépose les armes

    Les généraux birmans aiment
    les symboles. Ces dernières semaines, ils n'ont pas manqué de faire
    savoir au monde qu'ils avaient mis au pas “l'armée de Dieu”. La
    dizaine d'ex-guerilleros karen qui ont rendu les armes à la mi-juillet
    dans le Sud du pays n'avaient pourtant rien de très menacant - la plupart
    arrivaient directement d'un camp de refugiés sur la frontière thaïlandaise.
    Mais à leur tête se trouvait Johnny Htoo, 18 ans, devenu avec son
    frère jumeau Luther l'icône de la lutte armée du peuple Karen contre
    la junte.

    Avant même de sortir de l'enfance,
    Johnny et Luther avaient pris la tête d'un groupuscule armé. A 10
    ans, sur les conseils “d'esprits combattants de la montagne”, leur
    Armée de Dieu avait mis en déroute des soldats birmans qui attaquaient
    leur village. Leurs partisans, une troupe de 100 à 200 soldats
    chrétiens
    et animistes, leur prêtaient toutes sortes de pouvoirs magiques, en
    premier lieu celui d'arrêter les balles. On dit aussi qu'ils pouvaient
    tuer rien qu'en pointant leur arme vers le sol et que Johnny avait la
    faculté de se transformer en vieillard. Les deux gamins, cigare birman
    en bouche, commandaient à la vie spirituelle de leur secte guerrière,
    interdisant à leurs hommes rapports sexuels, alcool et drogues. Notre
    collègue Thierry Falise, correspondent de l'Express, avait fait de
    ces enfants-soldats les héros d'un roman*.


    L'armée de Dieu, de fait,
    n'existe plus depuis six ans. En 2000, quelques mois après la désastreuse
    attaque d'un hopital thaïlandais par une dizaine de leurs partisans,
    les jumeaux s'étaient rendus à l'armée thaïlandaise. Ils vivaient
    depuis dans un camp de refugiés pres de la frontière. Errant dans
    les ruelles poussiéreuses, une bible à la main, ils semblaient à
    la recherche de leur enfance. Ils avaient troqué leur AK47 pour une
    guitare. Et puis Luther s'est marié à 16 ans, a eu un enfant. Johnny,
    lui, avait du mal à se résoudre à abandoner la lutte. “Si je pouvais,
    disait-il aux journalistes, j'échangerais ma vie confortable ici et
    mourrais pour la paix de la Nation Karen.” Un matin de juillet, inexplicablement,
    il a pourtant laissé son frère derriere lui et quitté le camp pour
    rendre gorge aux tyrans de Rangoon.  


    François Tourane


    *Les petits généraux de Yadana,
    Editions Anne Carrière.







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