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Yunnan : l'echappee belle | 23 octobre 2004



A deux heures de Bangkok, la province chinoise

du Yunnan, au nord du Laos, recèle bien des merveilles naturelles et humaines,
qu'un environnement touristique bien développé permet de visiter en toute
quiétude.

De grandes plaines herbeuses où paissent dans
un silence venteux des herdes de yaks et quelques chevaux ; des lacs à la
pureté cristalline, miroirs d'un ciel tourmenté ; des sommets blancs à
tous les horizons, qui se perdent dans les nuages. Vous voilà au Shangri-La, le
district le plus septentrional de la province chinoise du Yunnan, à proximité
de la frontière tibétaine. Shangri-La : du nom d'un mythe bouddhiste
tibétain, une ère future et un lieu improbable, baigné de paix, d'harmonie
entre les hommes, de dignité humaine. Et l'on peut effectivement croire, dans
ces plaines tranquilles, à plus de 3000 mètres d'altitude, que l'on est arrivé
au bout de sa quête personnelle prescrite par Paulo Coelho, dans une sorte de
paradis « new age » .

Mais pour parvenir au Shangri-La, en venant de
Bangkok, il vous faudra en passer par plusieurs étapes, comme une sorte
d'escalier vers l'émerveillement.

Le vol jusqu'à Kunming ne vous prendra que deux heures (Thai Airways et China Eastern, environ 9000 bahts). La capitale de la province, grande ville chinoise sans beaucoup d'intérêt, mérite cependant qu'on s'y arrête pour quelques déplacements, notamment au temple des bambous perdu dans la verdure ou dans les « collines de l'Ouest », où une série de monastères domine le lac Dian de plusieurs centaines de mètres.

Kunming est également une étape pour les
gastronomes, qui ne manqueront pas les « nouilles de l'autre côté du
pont ». La recette de cet énorme bol de soupe de nouilles couverte d'une
légère couche de graisse, aurait été inventée par une femme qui devait faire un
long trajet pour amener ses repas chauds à son mari. Vous pouvez également vous
laisser tenter par les petits restaurants tenus, dans une rue du centre-ville,
par la minorité musulmane. La rue en question, aux maisons traditionnelles,
vaut en tout cas le détour : c'est l'une des seules à avoir résisté à
l'appétit des promoteurs qui ont transformé Kunming en alignements de
cages-à-béton.

Sur les berges du lac Erhai

Pour quitter Kunming et se diriger vers Dali, étape suivante, mieux vaut prendre le train, deux fois plus rapide que le bus, et qui traverse un paysage tout en collines et en petits villages aux maisons en torchis et aux toits recourbés. La vieille ville de Dali, aux demeures rénovées et aux rues parfaitement pavées, n'est à vrai dire qu'un

attrape-touristes chinois. On y prend peu de plaisir à y flaner, tant sont
nombreuses les boutiques de souvenirs, les vendeuses de rue en habit
traditionnel de la minorité Baï et les groupes de touristes chinois braillards
qui suivent le drapeau jaune ou blanc et le mégaphone de leur guide. La visite
des « trois pagodes », un peu au Nord, au milieu de jardins coupés au
cordeau, ne vaut pas le prix outrageant de 50 yuans (250 bahts) demandé à
l'entrée. Il vaut mieux consacrer son temps à entreprendre un tour du lac
Erhai, où de nombreux villages conservent toute leur authenticité. Xizhou,
l'ancienne capitale impériale du Nanzhao, comprend ainsi près de 80 résidences
familiales, dont certaines, imposantes, peuvent être visitées. Sur la berge du
lac, à l'opposé de Dali, un artiste chinois a fait bâtir dans son village situé
sur une presqu'île une demeure futuriste, toute de verre, de pierre et d'acier.
On peut la visiter en s'adressant à la Guest-House 5 de Dali, dont le propriétaire
est un ami de l'artiste.

Lijiang à la lumière des lanternes rouges

Ceux qui choisiront d'arrêter leur voyage à

Dali manqueront le joyau urbain de la région : la vieille ville de Lijiang,
à une centaine de kilomètres au Nord.

Véritable labyrinthe de petites rues pavées

entrelacées, parcourue par des canaux à l'eau pure et aux reflets verts de la
rivière de Jade dont elle tire son nom, Lijiang s'est posée au cœur d'une
plaine entourée de monts majestueux. Une petite ville si charmante que certains
étrangers choisissent d'y passer plusieurs mois par an. Bien sûr, ici aussi, les
touristes chinois envahissent les pavés. Mais la vieille cité, inscrite au
patrimoine culturel de l'Humanité par l'Unesco, est suffisamment grande pour
que l'on puisse s'y balader en paix. Et le soir, à la lumière des lanternes
rouges, lorsque les hordes de touristes ont rejoint leurs hôtels dans la
nouvelle ville hideuse qui entoure le vieux Lijiang, les promenades n'en sont
que plus agréables. La culture de la minorité Naxi, qui possède sa propre
écriture et parvint pendant des siècles à conserver son originalité tout en
demeurant vassale de l'empire du Ciel, mérite qu'on s'y intéresse de près. On
visitera notamment la résidence de la famille Mu, qui régna sur le peuple Naxi
pendant 22 générations et 470 ans, jusqu'en l'an 1723, date à laquelle la
dynastie Qing décida d'envoyer ses propres officiels pour gérer directement la
province.

Au nord de Lijiang, une excursion dans le parc de la montagne enneigée du Dragon de Jade s'impose, même si le porte-monnaie s'en ressent (difficile, au total, de s'en tirer pour moins de 500 yuans – 2500 bahts – par personne).
Le massif montagneux en lui-même est imposant :

culminant à 5596 mètres, il figure l'avant-garde orientale de l'Himalaya. Et
par un téléphérique, il est possible de grimper jusqu'à 4600 mètres, pour
observer l'impressionnant glacier, le plus au Sud de l'Asie, qui descend de ses
flancs. De nombreuses balades, à pied ou à cheval, mènent à des paturages en
altitude, au milieu de denses forêts de conifères où paissent yaks, chevaux et
chèvres.

S'approcher du ciel

Même si l'on laisse Lijiang derrière soi à

regrets, il s'agit ensuite de reprendre la route vers le Nord, pour partir à la
découverte du mystérieux Shangri-La. La route qui mène à ce paradis perdu se
fraye un chemin parmi des vallées encaissées, longe un temps le Yang-Tsé,
fleuve aux remous impétueux et ocres. En chemin, les voyageurs les plus
téméraires visiteront en deux ou trois jours les gorges du saut du tigre, où le
fleuve s'emballe au cœur d'un défilé parfois profond de deux mille mètres. Mais
attention : de nombreux touristes y ont trouvé la mort ces dernières
années, dans des éboulements qui arrachent sans prévenir les chemins et la
route.

Au sortir d'une vallée encaissée, par un col

embrumé, la route débouche sur un immense plateau verdoyant en été, couvert de
blanc l'hiver, parsemé de hautes maisons aux murs blancs, aux piliers penchés
et aux fenêtres décorées. Le district de Diqing, également appelé Shangri-La,
faisait autrefois partie de la province du Tibet oriental. La ville de
Zhongdian, en son cœur, est un bled poussiéreux que les Chinois colonisent à
grand renfort d'immeubles et d'hôtels sans style, même si le vieux quartier, en
rénovation actuellement, devrait retrouver bientôt un certain charme.

Les tibétains sont majoritaires dans la région

et leurs monastères, majestueux « potalas », par leurs ors et leurs
prestances, indiquent que c'est bien ici que l'on peut s'approcher du ciel
physiquement et spirituellement. Ceux qui ne peuvent ou ne veulent se rendre au
Tibet, encore très cher, trouveront de quoi satisfaire leur désir de connaître
la culture tibétaine. Ils goûteront, avec circonspection, au thé au beurre de
yak, humeront l'air des grandes plaines en scrutant les cimes et rouleront à
vélo ou pataugeront en été dans des prairies aux millions de fleurs. Les
adeptes de l'alpinisme peuvent entreprendre des treks de plusieurs jours, au
sein d'un environnement qu'on dit l'un des plus purs de la planète. Ils reviendront
alors, plein d'usage et raison, s'encrasser les poumons dans notre bonne
vieille Cité des Anges...
François Tourane
Encadré
Guides : « Yunnan », chez Asia
Horizons (www.asiahorizons.com) et l'incontournable Lonely Planet
« Chine ».
A lire aussi : « Searching for
Shangri-La, an alternative philosophy travelogue », de Laurence J. Brahm,
chez Higher Education Press (disponible sur place dans les librairies).



Publié par tourane à 15:07:24 dans voyages | Commentaires (0) |

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