• elections en thailande


    Elections législatives du 6 février<o:p> en Thailande
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    Thaksin à quitte ou double

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    Le 6 février, les Thaïlandais sont appelés aux

    urnes pour dire s'ils souhaitent renouveler l'expérience Thaksin Shinawatra
    pendant quatre nouvelles années. Le Premier ministre et son parti, Thai Rak
    Thai, partent favoris pour remporter la majorité des 500 sièges de députés en
    jeu, mais ses opposants n'ont pas dit leur dernier mot.

    <o:p>Et c'est reparti pour un tour. En janvier,
    ceux qui prétendent crânement que le royaume de Thaïlande n'est pas une
    démocratie auront du mal à se faire entendre. Des centaines de milliers de
    pancartes et d'affiches vont fleurir dans toutes les rues du royaume :
    candidats souriants ou trop sérieux, en costume de ville avec un casque de
    chantier, en jeune diplômé(e), en uniforme de haut fonctionnaire, en vêtement
    de sport... Des milliers de caravanes publicitaires dignes du Tour de France
    sillonneront les grandes artères de Bangkok comme les sous-soï des villages
    d'Isan. Dans la foire d'empoigne de la campagne électorale qui bat son plein,
    chacun accuse déjà le concurrent de tous les maux. Dans la province de Phrae,
    ce sont plus de 200 policiers qui, le 14 décembre, ont effectué un raid chez
    douze partisans du parti d'opposition démocrate – sans le moindre motif
    politique, bien sûr. Début décembre, la maison d'un député du parti Thai Rak
    Thai de Korat recevait deux grenades en guise de rappel : l'assassinat
    d'un de ses lieutenants quelques jours auparavant n'avait pas suffit à le
    dissuader de se présenter sous la bannière du parti du Premier ministre. Du
    côté de Chiang Rai, le parti Mahachon, nouveau venu dans l'arène, se plaignait
    mi-décembre de l'arrachage des affiches de l'un de ses candidats par des bandes
    d'hommes agissant en pleine nuit et circulant en pick-up. A Kanchanaburi, le
    principal candidat démocrate s'est vu confisquer 30 millions de bahts par la
    police et des officiers de la lutte anti-corruption, dans le cadre d'une
    enquête remontant à trois ans. Une affaire sans aucun lien avec l'approche des
    élections... Le mois de janvier sera chaud, pas besoin d'être médium pour
    l'annoncer.
    <o:p>La bataille est féroce car l'enjeu est de
    taille. Il peut même sembler historique, pour une Thaïlande dont les acquis
    démocratiques restent fragiles. Le 6 février, lors des élections législatives,
    les Thaïlandais auront à faire un choix aussi important que celui effectué par
    les Américains en novembre dernier. Et comme Bush aux Etats-Unis, celui qui
    remet son mandat de chef de l'exécutif en jeu a une personnalité qui ne laisse
    guère indifférent les électeurs. Le milliardaire des télécom Thaksin
    Shinawatra, adulé ou détesté par les habitants du royaume, n'a rien à voir avec
    ceux qui lui ont succédé au poste de Premier ministre, politiciens insipides et
    soucieux de préserver de fragiles coalitions gouvernementales. En quatre ans, à
    la tête d'une majorité confortable et d'un parti, Thai Rak Thai (les Thaïs
    aiment les Thaïs), aux ordres de son chef, Thaksin Shinawatra a transformé la
    politique thaïlandaise. Il a tenu la plupart des promesses faites pendant la
    campagne de 2001 (c'était bien la première fois qu'un parti disposait d'un
    véritable programme), des visites hospitalières à 30 bahts au moratoire sur la
    dette des paysans. Il s'est lancé dans des campagnes qui ont eu un impact
    profond sur la société. Sa guerre contre la drogue, un désastre (3000 morts) en
    terme de droits de l'Homme, a brisé l'élan des trafiquants de stupéfiants qui
    ruinaient, jusque dans les cours des écoles, l'avenir de la jeunesse thaïlandaise.
    Les campagnes pour l'ordre moral de son ancien ministre de l'Intérieur,
    Purachai Piumsombun,
    ont également contribué à maintenir la popularité de Thaksin pendant les quatre
    années de son premier mandat. La mise en place des produits artisanaux sous le
    label OTOP, tout comme le fonds d'un million de bahts accordé à chaque village,
    ont renforcé l'impression que ce natif de Chiang Mai se préoccupait autant des
    paysans que des citadins de la capitale. Tout ceci explique qu'à quelques
    semaines des élections, les partisans de Thaksin, comme de nombreux
    observateurs, donnent le Thai Rak Thai largement vainqueur du scrutin du 6
    février.
    Au populisme sans scrupules du Premier
    ministre, à son usage malin de méthodes éprouvées du milieu des affaires, s'est
    ajouté un défaut que ses adversaires tentent de mettre en avant pour le
    déboulonner : son autoritarisme. Rarement un chef de l'exécutif
    thaïlandais arrivé au pouvoir légalement et non par la force n'aura usé si
    brusquement de ses prérogatives. Entouré d'une cour qui ose rarement le
    contredire, Thaksin Shinawatra décide de tout à la première personne, donnant
    le flanc aux accusations de despotisme, voire de dictature, dont usent en
    campagne ses opposants politiques et les défenseurs des droits de l'homme. Sa
    gestion de la crise de la grippe aviaire, politique de l'autruche s'il en fut,
    tout comme sa prétention à acheter le club de football de Liverpool avec de
    l'argent public ou son approche musclée de la flambée de violence dans le Sud
    du royaume, auraient dû amplement entamer son capital politique. Il n'en fut
    rien. Les tentatives du gouvernement pour faire taire les critiques qui
    s'élevaient dans les médias ou chez les universitaires ont souvent eu l'effet
    inverse. De nombreux journaux ont en décembre relayé les propos de Somkiat
    Tangkivanitch, directeur du Thailand Development Research Institute, qui
    traitait le gouvernement d' « ennemi de la liberté de la
    presse ». Le fait que la famille Shinawatra et ses proches aient vu leur
    fortune augmenter considérablement depuis quatre ans (voir encadré) jouerait,
    en d'autres contrées, un rôle de repoussoir absolu. Mais tout cela n'a,
    semble-t-il, pas ébranlé la grande masse des électeurs du Thai Rak Thai, qui s'apprêteraient
    à lui redonner un mandat de quatre ans.</o:p></o:p>

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    S'il ne fait guère de doute que le TRT restera
    le premier parti politique du pays, les autres partis, démocrates en tête,
    rêvent de l'empêcher d'obtenir une majorité absolue, soit 250 sièges sur
    500. Certains observateurs affirment même qu'il faudrait 300 sièges de députés
    au TRT pour décourager certaines factions mécontentes en son sein qui
    pourraient être tentées de changer de parti.



    Le parti démocrate, assis fièrement sur la
    victoire de son candidat Apirak Kosoyadhin aux récentes élections pour le poste
    de gouverneur de Bangkok, imagine qu'il peut provoquer la suprise en emportant
    un certain nombre de circonscriptions dans le Nord et la plaine centrale, tout
    en contenant l'offensive du TRT dans ses fiefs du grand Sud.
    Le parti Mahachon, formé il y a quelques mois
    par d'anciens démocrates sous la houlette de Sanan Kachornprasat, très influent
    politicien, espère bien provoquer la surprise. Son leader nominal, Anek
    Laothamatas, un universitaire reconnu, pourrait attirer les voix d'une partie
    de la classe moyenne guère inspirée par le peu flamboyant Banyat Bantadan,
    leader des démocrates.
    Le seul qui ne se fasse guère de souci, c'est
    Banharn Silapa-archa, ancien Premier ministre et vieux loup de la politique, à
    la tête de son parti Chat Thai. Ce dernier, qui a gouverné au côté du TRT
    pendant quatre ans, serait en position de force pour décider de son partenaire
    de coalition si aucun parti n'obtenait de majorité absolue à l'issue du
    scrutin.
    <o:p>Quoi qu'il en soit, le 6 février au soir, les
    Thaïlandais auront tourné une nouvelle page de la turbulente histoire politique
    de leur pays. Choisiront-ils de se rallier au panache blanc d'un homme aux
    ambitions douteuses, voire dangereuses, mais au dynamisme contagieux, ou de
    retomber dans le ventre mou de la politique coalitionnelle dont les profits
    pour le petit peuple furent de tout temps modestes ? Nous ne nous
    risquerons qu'à prédir une chose : ce jour-là, des centaines de millions
    de personnes dans le monde jalouseront l'un des rares privilèges du peuple
    thaïlandais : le droit de vote.
    François Tourane</o:p>

    Encadré : Shinawatra comme Crésus

    Les avoirs de la famille Shinawatra ont
    augmenté de 70% au cours des douze derniers mois, alors que la bourse a en
    moyenne chuté de 20%. C'est ce que démontre une enquête du magazine local Money
    & Banking
    , qui décerne le titre de « personne la plus riche de
    Thaïlande à Pinthongta Shinawatra, fille et deuxième enfant du Premier
    ministre, qui se retrouve à la tête de plus de 18 milliards de bahts (450
    millions de dollars US). Au total, la famille la plus riche de Thaïlande
    détient des avoirs d'une valeur totale de 31,54 milliards de bahts. Nous nous
    abstiendrons d'avoir l'indécence de comparer ces chiffres au salaire moyen des
    électeurs du Thai Rak Thai.


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