Vous pouvez commander mon dernier bouquin sur amazon.fr. Tapez "Tourane" et "vietnam" dans la fenêtre de recherche. "Vietnam, Mémoires Vives" est un récit de voyage au Vietnam, publié aux Editions Lonely Planet, dans une nouvelle collection consacrée aux "Ecrivains Voyageurs". ISBN : 978-2840705789. Prix : 21 euros. Bonne lecture ! FT
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Et un papier qui date de cet été pour faire bonne mesure...
Cambodge
« Le Boucher » échappe au jugement
Ta
Mok a rejoint les âmes damnées de la terre cambodgienne. Agé de 80 ans,
l'ancien commandant khmer rouge est mort le 21 juillet, à Phnom Penh,
alors que venait d'être inauguré le Tribunal international destiné à
juger ses crimes commis sous la bannière de Pol Pot. Les prières de
soixante-douze moines bouddhistes l'ont accompagné dans sa dernière
demeure, dans son fief d'Anlong Veng, près de la frontière
thaïlandaise, longtemps irréductible poche de la guérilla maoïste. Plus
d'un millier de villageois ont participé aux trois jours de cérémonies
religieuses, paradoxe ultime de la vie d'un soldat impitoyable du
mouvement « autogénocidaire » qui a tenté, de 1975 à 1979, d'anéantir
l'idée même de la religion au Cambodge et coupable de la mort de
dizaines de milliers de bonzes et de 1,7 million de Cambodgiens.
Publié par tourane à 10:46:01 dans asiareports | Commentaires (0) | Permaliens
Kuala Lumpur contre tous les terrorismes
Le rêve de Mahatir Mohamad se poursuit. L’ancien premier ministre, à la tête de la Malaisie pendant plus de vingt ans, avait voulu faire de son pays la Silicon Valley de l’Asie. Son “cybercorridor”, une immense zone dédiée aux nouvelles technologies, avait connu un succès mitigé. Son successeur depuis deux ans, Abdullah Badawi, vient pourtant de lancer une nouvelle initiative, opportunément nommée IMPACT.
Ce “Partenariat international multilatéral contre le cyberterrorisme”, aura pour centre la ville de Cyberjaya et sera en charge de renforcer la sécurité informatique globale, par la recherche et la mise en place d’un système d’alerte.
“Les pertes économiques occasionnées par une cyber-attaque peuvent être graves (...) : panne de courant générale, effondrement des systèmes bancaires ou d’échanges commerciaux”, a précisé Badawi. L’initiative malaisienne a déjà reçu le soutien de Symantec (US), de Trend Micro (Japon) et de KaperskyLlab (Russie).
Disposant depuis 2003 sur son territoire du Centre régional anti-terroriste soutenu par les Américains, Kuala Lumpur se replace discrètement au coeur du jeu politique en Asie du Sud-Est.
François Tourane
Publié par tourane à 08:38:59 dans asiareports | Commentaires (0) | Permaliens
Salut,
le papier suivant date un peu, mais comme il n'est pas encore publié, je préfère vous le passer avant qu'il ne passe aux oubliettes du journalisme visionnaire. En tout cas, ce que je n'avais pas vu venir, et je n'étais pas le seul, c'est la récente intervention du roi, qui a provoqué une mise en revue du dernier scrutin par les plus hautes cours de l'Etat, qui pourrait d'ici une quinzaine de jours aboutir à l'annulation du scrutin du 2 avril. On s'attend à de nouvelles élections pour le mois de juillet, après le jubilée royal. La question est : Thaksin sera-t-il à nouveau candidat en tête de liste du TRT, lui qui avait annoncé qu'il prendrait du repos pour une année environ...
Réponse ici et ailleurs dans les semaines qui suivent.
A+
FT
Thaksin : faux départ ?
Thaksin Shinawatra l’a affirmé le 4 avril : il ne sera pas le prochain premier ministre thaïlandais. Il semble pourtant que l’homme fort du Thai Rak Thai fasse tout pour reprendre rapidement les manettes du pays – dans l’ombre ou dans la lumière.
On imagine la scène. En visite en Thaïlande en février dernier, Jacques Chirac s’entretient avec Thaksin Shinawatra, dans un des salons vieillots de la Government House.
Chirac : “Alors comme ça, vous avez des manifs tous les jours contre vous ?”
Thaksin : “Oui, ces gens ne m’aiment pas, mais ils ne sont qu’une minorité khrap.”
Chirac : “Alors je vais vous donner un conseil. Une bonne dissolution, comme chez nous en 1997, et ni vu ni connu je t’embrouille ! C’est mon copain Dominique qui m’avait conseillé de le faire.”
Thaksin : “Oui mais vous aviez perdu les élections, chay may ?”
Chirac : “Et alors ? Neuf ans après, qui est toujours président ? C’est moi ! Et Dominique est Premier ministre. Elle est pas belle, la vie ?”
Le fait est que cinq jours après avoir reçu le président français, le 24 février, le premier ministre annonçait la dissolution de l’assemblée nationale, un an à peine après avoir remporté à la tête de son parti Thai Rak Thai une victoire massive aux législatives. Il précise alors que la nouvelle assemblée nationale aura pour charge d’entreprendre des réformes constitutionnelles avant une nouvelle dissolution, un an plus tard. Un coup de poker dont on ne sait toujours pas, fin avril, s’il s’avèrera gagnant.
L’annonce d’un nouveau scrutin pour le 2 avril n’a en effet pas réglé ce qui est apparaît comme étant “le problème Thaksin”. Les manifestants ont continué de se réunir à Bangkok pour demander le départ du Premier ministre et dénoncer son népotisme et la corruption de son entourage. Cette joyeuse troupe de conservateurs royalistes colorés de jaune est emmenée par le patron de presse Sondhi Limthongkul, un des anciens partenaires d’affaires de Thaksin et par le général Chamlong Srimuang, politicien-gourou de la secte Phalang Dharma et surtout tombeur en 1992 du dernier dictateur du royaume, le général Suchinda Kraprayoon. Des milliers de protestataires ont ainsi envahi les 29 et 30 mars le quartier de Siam Square, provoquant le fermeture de Siam Paragon, le tout nouveau centre commercial ultra-luxueux de la capitale.
Pour ne rien arranger, les trois partis de l’opposition parlementaire – démocrate, Chat Thai et Mahachon – ont décidé de boycotter le scrutin du 2 avril, officiellement car le Premier ministre a refusé de considérer leurs demandes de réformes constitutionnelles. “En fait, explique un proche des démocrates, ils savaient surtout qu’ils n’avaient aucune chance de l’emporter étant donné le soutien massif dont dispose Thaksin dans tout le pays, hors Bangkok et le Sud profond. Boycotter les élections était le seul moyen de créer une véritable impasse politique”.
Même si l’on peut se poser des questions sur la légitimité d’un tel boycott, il faut reconnaître que la tactique a porté ses fruits. Le 2 avril, dans 40 circonscriptions, dont 38 dans les provinces du Sud traditionnellement démocrates, les représentants du Thai Rak Thai, candidats uniques, n’ont pu recueillir les 20% des suffrages des inscrits nécessaires à la validation de leur élection.
Le 4 avril, à 20h30, sous les caméras des chaînes nationales qui ont fait sa gloire, Thaksin Shinawatra tombe avec les honneurs. Après avoir mené le parti qu’il a créé à une victoire sans appel, le premier ministre thaïlandais annonce sa démission, d’un ton calme mais pour une fois empreint d’émotion. Officiellement, il s’agit pour Thaksin de “préserver l’unité du pays” à deux mois des cérémonies marquant le 60ème anniversaire du couronnement de Sa Majesté le roi Bhumibol Adulyadej. Le souverain, qu’il a rencontré dans l’après-midi, lui aurait fait comprendre qu’il valait mieux qu’un autre premier ministre organise les festivités. Alors Thaksin affirme, la voix comme toujours un peu éraillée, qu’il ne sera pas candidat au poste de premier ministre quand celui-ci sera choisi par le nouveau parlement. Il dira plus tard – ou fera dire - qu’il envisage de prendre du repos, de voyager en Europe, d’assister à la coupe du monde de football en Allemagne au mois de juin...
Pour la plupart des observateurs, y compris les manifestants qui décident de cesser provisoirement leur mouvement, en ce 4 avril, l’affaire est pliée : Thaksin sort du jeu politique. Chidchai Vanasatidya, vice-premier ministre et ministre de la Justice, devient effectivement premier ministre par interim en attendant la réunion de la nouvelle assemblée nationale. Et le microcosme politico-médiatique bruisse de conversations sur les remous au sein du Thai Rak Thai, ce parti bâti par et pour un seul homme, qui devra bientôt, croît-on, se choisir un nouveau leader ou imploser en vol alors qu’il détient potentiellement une majorité quasi-absolue au parlement. La communauté d’affaires fait le forcing pour que sorte du lot le ministre du Commerce Somkid Jatusripitak. Mais chacun sait, à son coeur défendant, que c’est Thaksin Shinawatra, et nul autre, qui nommera son éventuel successeur.
Car l’ancien colonel de police, qui reste de loin l’homme politique le plus populaire du royaume, est loin d’avoir dit son dernier mot. “C’est un faux départ, Thaksin n’a nullement renoncé au pouvoir, ce serait aller contre sa nature”, affirme un diplomate occidental.
Fin avril, il semble nécessaire que le chef du Thai Rak Thai se tienne à l’écart des débats. Il doit laisser passer la houle, probablement jusqu’en juin, après les cérémonies du jubilee royal.
Les 40 élections partielles du 23 avril n’ont pas débloqué le problème parlementaire : il resterait quatorze sièges non pourvus dans le Sud du royaume, les candidats uniques du TRT n’ayant toujours pas réussi à réunir sur leur nom plus de 20% des inscrits. Et le Parlement, selon la constitution, doit se réunir obligatoirement avant le 1er mai. Il sera plus facile aux amis politiques de Thaksin Shinawatra d’obtenir sans leur figure tutélaire si gênante l’accord de la Cour constitutionnelle pour ouvrir le Parlement sans que l’ensemble des 500 candidats aient été confirmés. Le parti démocrate, par la voix de son étoile montante, l’ancien député de Bangkok Korn Chatikavanij, a exprimé son désaccord sur la procédure employée, mais reste bien inaudible puisque, par son boycott des législatives, il est lui-même à l’origine du blocage et de la présence de presque 100% de députés TRT à l’assemblée nationale.
Une fois cet obstacle passé, et après la nomination d’un nouveau premier ministre à ses ordres, le milliardaire Thaksin disposera de tous les moyens pour tirer les ficelles et façonner à son idée les réformes promises de la “Constitution du peuple” de 1997. D’une part, la plupart des institutions dites “indépendantes” ont été depuis des mois noyautées par des hommes et des femmes ayant toute sa confiance. D’autre part, les élections sénatoriales du 19 avril l’ont assuré du soutien de la chambre haute. Si les sénateurs, de par la constitution, doivent être indépendants de tout parti politique, les résultats du scrutin ont largement prouvé le contraire. Selon la presse locale, 106 des nouveaux sénateurs sur 200 seraient des proches ou des alliés de membres du Thai Rak Thai et 38 auraient des accointances avec les partis d’opposition. 38 parlementaires : voilà donc tout ce qui reste à une opposition politique laminée par les deux scrutins du mois d’avril.
S’il a officiellement décidé de s’éloigner pour un temps de la politique locale, dès les semaines qui ont suivi sa “démission”, Thaksin s’est employé à démontrer qu’il en restait un acteur majeur en occupant le terrain de la politique internationale. Il a pris des vacances en Europe et aux Etats-Unis, où il en aurait profité pour rencontrer lors de “visites privées”, George Bush et Tony Blair. De retour à Bangkok pour quelques jours, il devait reprendre l’avion le 24 avril pour une tournée des grands ducs d’une semaine: Angleterre, France, Russie, Japon et Chine. Blair, Chirac, Poutine, Koizumi et Hu Jintao, “des amis” de M. Thaksin, auront droit, lors de “visites privées”, à un briefing sur la situation politique thaïlandaise. Ce long voyage terminé, le “premier ministre en vacances” repartira pour Manille, où il pourra échanger ses idées sur le “People Power” avec la présidente Gloria Arroyo, qui résiste elle aussi depuis des mois à un mouvement populaire visant son autoritarisme.
Thaksin Shinawatra, assis sur la fortune familiale (1,9 milliards de dollars) que lui a procurée la vente de son empire Shin Corp. en janvier, n’a jamais dit qu’il abandonnait la vie politique. A l’inverse du leader socialiste français Lionel Jospin, qui a aujourd’hui bien du mal à justifier son retour sur l’avant-scène, Thaksin Shinawatra n’a rien promis. Et d’ailleurs ses amis ne cachent pas qu’ils s’attendent à le voir retourner à son poste dans les mois à venir. Le vice-premier ministre Suriya Jungrungreangkit, qui figure parmi sa garde rapprochée en tant que secrétaire-général du TRT, l’a dit franchement lors d’une réunion au siège de son parti : “Nous pensons que d’ici un an [Thaksin] sera de retour en tant que premier ministre”. D’autres pensent, comme l’analyste Thitinan Pongsudhirak, que Thaksin pourrait se satisfaire du poste de président de l’assemblée nationale.
Quoi qu’il en soit, le retour de Thaksin sur la scène politique à moyenne échéance risque de raviver les tensions entre ses partisans et ses ennemis jurés. On a pu voir, le 23 avril, que la hache de guerre était loin d’être enterrée entre les deux camps : plus d’un millier de supporters du Thai Rak Thai se sont violemment attaqués, à Udon Thani, aux participants d’un meeting de l’Alliance populaire pour la démocratie (PAD), le mouvement de Sondhi et Chamlong. Faute de représentation parlementaire, les quelques millions de Thaïlandais qui ont voté blanc le 2 avril n’auront aucune prise sur les réformes promises par Thaksin. Ils pourraient rapidement avoir envie de voter à nouveau, avec leurs pieds cette fois-ci.
François Tourane
Publié par tourane à 04:45:50 dans asiareports | Commentaires (0) | Permaliens
Bonjour,
Enfin de retour ! Les vacances se sont prolongees au-dela du raisonnable ! D'ici quelques jours, un papier sur la situation politique en Thailande. En attendant, la critique du dernier book de Jean-Claude Pomonti, le gourou des journalistes francophones de la region - bien qu'il s'en defende ! Je vous conseille de vous le procurer rapidement, meme si vous etes loin d'etre passionnes du Vietnam et de son histoire.
A+
FT
Plongee dans le Vietnam d'avant...
Le titre est trompeur. “Un Vietnamien bien tranquille” n’est pas la biographie d’un seul homme. C’est, bien davantage, celle d’une époque entière. En tirant le portrait du plus fameux espion vietnamien, Pham Xuan ân, qu’il connaît intimement depuis plus de trente ans, Jean-Claude Pomonti nous replonge dans le Vietnam d’avant le communisme, celui des bruits de la guerre et des trafics en tous genres. Et se pose en héritier modeste du Graham Greene d’ “Un Américain bien tranquille”.
Saïgon, alors capitale du Sud-Vietnam, est l’héroïne dont le charme marque chaque page du récit, cité qui fait encore la belle “à l’aube de lendemains fatalement incertains”, “baromètre de ce qui se passe dans le reste du pays.” Saïgon, ville-fouillis, où vivent un demi-millier de journalistes étrangers, et sans doute beaucoup plus de ces assistants locaux (fixers dirait-on aujourd’hui) dont Pham Xuan ân est l’un des plus efficaces et les mieux renseignés. Et pour cause : le petit homme discret d’une quarantaine d’années, toujours serviable, est l’une des “taupes” de Hanoi les mieux infiltrées. Selon le général Giap, le plus grand stratège vietnamien, ân était véritablement “dans la salle d’opérations américaine”. “Devenu communiste par nationalisme” contre les colons français en 1950, familier du monde des rizières comme de celui des bureaux de fonctionnaires, ân raconte à l’auteur sa vie de cyclo-pousse, de comptable, de professeur de français, puis son quotidien d’espion, son séjour en Californie, son premier emploi de journaliste à Vietnam-Presse, puis les postes plus prestigieux pour Reuters et pour Time magazine. “Je n’ai jamais menti ni dans mes dépêches ni dans mes échanges avec les autres journalistes”, affirme l’ancien espion à son biographe.
La vie de ân est passionnante mais le récit qu’en fait l’ancien correspondant du Monde à Saïgon puis à Bangkok manquerait de vigueur si l’on n’y trouvait pas aussi une galerie de portraits entrecroisés. On y rencontre, entre autres, John Paul Vann, “petit bonhomme au regard exorbité”, conseiller de l’armée sud-vietnamienne sur les hauts-plateaux, qu’on imagine en colonel Kurtz dopé aux amphétamines, faisant chaque jour déverser des tapis de bombes sur des zones “à pacifier” autour de Kontum. On y retrouve aussi Philippe Franchini, le patron-héritier corsico-vietnamien de l’hôtel Continental, l’auteur de “Continental Saïgon”, véritable lettre d’amour au Vietnam et autobiographie d’un métis mandarin. Son honorable établissement formait alors, avec le café Givral et l’hôtel Caravelle, autour de la place du théâtre, le centre de toutes les rumeurs, de tous les scoops de la première véritable guerre médiatique. Avec l’auteur, on y voit passer Robert Guillain, Philippe Devillers, on relit Bodard ou Paul Mus avec plaisir, on imagine même le bougon Lartéguy s’attabler “à l’heure verte” de Malraux, sur une table en formica du café Givral, toisant avec mépris les déesses aux seins nus de la façade du théâtre municipal. Et l’on se souvient avec une nostalgie virtuelle de toutes ces plumes qui ont porté le deuil de l’Indochine française. Non pas qu’on regrette ces temps troublés, mais les vents de l’Histoire qui soufflent autour de ân et des autres personnages du livre de Jean-Claude Pomonti ont une bien autre allure que l’annonce sur CNN d’un énième attentat au coeur de Bagdad.
“Chacun a la route de la soie de ses rêves. La mienne se perd dans les dédales des couloirs sombres du Continental.” : l’ouvrage, finalement, est aussi le portrait de son auteur, de ses années de jeunesse, qui dans la fureur et la folie d’une guerre étrangère, ont fait de lui l’un des meilleurs connaisseurs des douleurs intimes et des fiertés du Vietnam. On sent, entre les lignes de Pomonti, notamment lorsqu’il raconte, en trop peu de mots, ses premières années de coopérant au Vietnam, qu’il lui reste des dizaines d’histoires à raconter, à travers la sienne. On les attend avec impatience.
François Tourane
Un Vietnamien bien tranquille, l’histoire extraordinaire de l’espion qui défia l’Amérique, par Jean-Claude Pomonti, 189 p., Editions des Equateurs, mars 2006. Site internet : wwww.equateurs.fr
Publié par tourane à 07:30:54 dans asiareports | Commentaires (0) | Permaliens
Quatre icônes des droits de l'homme : Somchai, Supinya, Lu et Chee
Le combat pour les droits de l'homme a besoin d'icônes, de personnages au verbe haut et au coeur pur qui symbolisent un idéal de justice trop souvent bafoué. La pasionaria birmane, Aung San Suu Kyi, a même dans ce domaine acquis le rang d'idole, enfermée dans sa demeure de Rangoon depuis bientôt trois ans.
Au mois de mars, quatre “nouveaux” martyrs asiatiques de la cause des droits de l'homme ont fait la Une de l'actualité. Le premier d'entre eux, Somchai Neelaphaijit, avocat et défenseur de musulmans suspects d'appartenir au mouvement séparatiste du Sud de la Thaïlande, disparu le 12 mars 2004, a selon toutes probabilités été enlevé par des représentants des forces de l'ordre et sa famille n'a aujourd'hui plus aucun espoir de le retrouver vivant.
Angkhana, l'épouse de ce défenseur acharné des droits de l'homme, a reçu en son nom le 10 mars le Prix de la Commission asiatique des droits de l'homme (AHRC). A cette occasion, des officiels de l'ONU, des juges mondialement connus et de nombreux activistes de toute la planète ont rendu hommage à cet avocat courageux. Si cinq policiers ont récemment été jugés pour l'enlèvement de Somchai, un seul en a été reconnu coupable et le nom des commanditaires du crime n'est pas apparu une seule fois.
Heureusement, toujours en Thaïlande, la justice a par ailleurs fait le gros dos face aux pressions politiques et a acquitté Supinya Klangnarong, dans l'un des procès les plus suivis par la presse internationale depuis longtemps.
Cette jeune femme charmante et dynamique, pugnace et appliquée, a tenu tête pendant des mois à tous les avocats grassement payés de l'empire des télécoms du Premier ministre Thaksin Shinawatra, Shin Corp, - depuis janvier revendu à la firme singapourienne Temasek. Supinya, secrétaire générale de la Campagne pour la réforme des médias, s'était vu assignée en justice par Shin Corp pour avoir affirmé dans le quotidien Thai Post que la compagnie bénéficiait largement des politiques mises en place par le Premier ministre Thaksin Shinawatra. Elle risquait jusqu'à deux ans de prison et 10 millions de dollars d'amende. Dans un jugement qui fera date dans l'histoire de la liberté d'expression en Thaïlande, le tribunal pénal a acquitté le 15 mars Supinya et ses quatre co-accusés, journalistes du Thai Post. Les juges ont estimé que les compagnies cotées en bourse, comme les personnages publics, devaient être ouverts à la critique dans l'intérêt du public. La jeune activiste a bénéficié depuis le début de son procès d'une couverture médiatique internationale et du soutien des organisations de défense de la liberté de la presse comme Reporters Sans Frontières ou le «Committee to Protect Journalists» américain.
Supinya nous confiait récemment que, quelle que soit l'issue de son procès, elle continuerait son combat pour la réforme des médias et n'avait aucune envie de s'affilier à un parti politique.
Toujours en Thaïlande, le chinois Lu Decheng, qui croupit en prison depuis décembre 2004, est victime d'un bras de fer entre la Chine et le Canada. Lu est l'auteur d'une oeuvre d'art qui a particulièrement déplu au gouvernement de Pékin: c'est lui qui, en juin 1989, avait jeté de la peinture rouge sur le portrait de Mao qui orne la place Tian-an-men de Pékin. Considéré comme un des meneurs des manifestations pro-démocratie du “Printemps de Pékin”, Lu, pauvre chauffeur de bus monté de sa province du Hunan, avait été condamné à seize ans de prison. Libéré sur parole en 1998, il s'était enfui de Chine par la Birmanie en novembre 2004, avant d'être arrêté un mois plus tard par la police thaïlandaise pour entrée illégale sur son territoire.
Dans le cadre d'un programme du Haut Commissariat aux Nations Unies, Lu Decheng devait, le 14 mars dernier, s'envoler enfin pour le Canada qui avait accepté sa demande d'asile politique. Mais la Chine a eu vent de la manoeuvre et exerce aujourd'hui une forte pression sur la Thaïlande pour que Lu reste dans sa prison de Bangkok. A l'heure actuelle, les organisations de défense des droits de l'homme se mobilisent sur son cas, mais elles auraient tort de sous-estimer le poids de l'influence chinoise sur les autorités thaïlandaises: il y a quelques années, le gouvernement démocrate avait fait annuler une grande manifestation de la secte Falun Gong, interdite en Chine.
Un peu plus au sud, à Singapour, c'est le Docteur Chee Soon Juan, leader du parti d'opposition Singapore Democratic Party, qui se retrouve sous les verrous pour outrage au tribunal. Chee, qui se bat depuis des années pour un changement démocratique à Singapour, passera huit jours en prison pour avoir critiqué l'appareil judiciaire de l'île-Etat. En février dernier, le tribunal l'avait déclaré en faillite personnelle pour n'avoir pu verser 300,000 dollars de dommages et intérêt accordés aux anciens Premiers ministres Lee Kwan Yew et Goh Chok Tong dans un procès en diffamation. Le jugement de février l'a privé de certains de ses droits civiques et notamment celui de se présenter aux élections.
Derrière ces icônes des droits de l'homme, des milliers d'autres Asiatiques poursuivent le même combat, avec courage et abnégation. Mais sans l'aide de la communauté internationale, politique et associative, les murs sur lesquels ils cognent avec hargne mettront bien plus de temps à être abattus.
François Tourane
Publié par tourane à 06:19:21 dans asiareports | Commentaires (0) | Permaliens