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Bangkok : nouveau gouverneur | 24 octobre 2004


Portrait :

Apirak Kosayodhin dans l'arène

En remportant haut la main l'élection du 30 août dernier, Apirak Kosayodhin est devenu l'un des plus jeunes gouverneurs que la capitale thaïlandaise ait connus. Avec son air de premier de la classe, il entend redonner aux habitants de Bangkok une qualité de vie perdue depuis longtemps dans la pollution ambiante. Mais en aura-t-il les moyens ?

La poignée de main

assurée, le regard franc et le sourire naturel, Apirak Kosayodhin est
gouverneur de la bouillonnante et tentaculaire capitale thaïlandaise depuis
quelques semaines mais conserve ses habitudes de campagne. A tout juste 41 ans,
l'espoir du parti démocrate n'est plus tout à fait un jeune loup, mais il a
encore des crocs bien aiguisés. Il faut dire qu'il a de quoi de sourire :
il a remporté haut la main (776,578
voix) une élection dominée médiatiquement par ses deux principaux
rivaux, la protégée du Premier ministre Paveena Hongsakul (2ème,
517,718 voix) et le roi de la nuit et du massage Chuwit Kamolvisit (3ème,
284,298 voix).
Jusqu'au début de
l'année, Apirak Kosayodhin ne s'était
guère illustré dans la politique. Patron du groupe de télécommunications TA
Orange (aujourd'hui True), il était plus connu pour ses qualités de manager et
d'as du marketing. Sa démission pour se lancer dans l'arène politique avait
fait lever plus d'un sourcil, d'autant qu'il se présentait sous la bannière du
parti démocrate, en chute libre depuis sa défaite majeure aux législatives de
2001. Il a sans nul doute bénéficié d'un effet de lassitude (le facteur « bua
lew »
), voire de rejet, de la population urbaine face à l'omniprésence
et à la toute-puissance du parti Thai Rak Thai du Premier ministre Thaksin
Shinawatra. Apirak a aussi su séduire la classe moyenne de Bangkok grâce à ses
deux principaux atouts : son charme et ses qualités éprouvées d'homme
d'affaires. Son physique de jeune premier, golden boy, a plu aux office girls
et son parcours professionnel a convaincu une partie des patrons. Originaire de
Chiang Mai, dans le Nord du pays, il est titulaire d'un MBA en marketing
assorti d'un diplôme de la Harvard Business School. Avant de rejoindre TA
Orange pour un salaire mensuel de plusieurs dizaines de milliers d'euros,
Apirak Kosayodhin était notamment passé par Frito-Lay, une filiale de Pepsi
Co., où on le crédite d'avoir multiplié les ventes par six en moins d'un an.

Ramasseur de
poubelles
Mais il s'agit
maintenant pour le bel Apirak, pendant les quatre prochaines années, de mettre
les mains dans le cambouis et de prouver aux citoyens de la Cité des Anges
qu'ils ont eu raison de lui faire confiance. Les mauvaises langues prétendent
déjà que son poste n'est guère plus qu'honorifique. « On sait très bien
que le gouverneur de Bangkok n'a d'autre autorité que la gestion du ramassage
des ordures », lui a lancé en septembre un journaliste lors d'une
conférence au Club des correspondants étrangers de Thaïlande (FCCT). Il
réplique à cela que cette responsabilité n'est pas négligeable : « Sur
les 10 000 tonnes d'ordures que nous collectons chaque jour, environ 40%
pourraient être recyclées et nous allons nous y employer ». Mais Apirak a
plus d'ambition que cela. « J'ai rencontré rapidement le Premier ministre
et d'autres membres du gouvernement pour m'assurer que j'obtiendrais le maximum
de coopération, notamment dans trois domaines prioritaires : le trafic
routier, la sécurité des citoyens et l'environnement », a affirmé le
nouveau gouverneur. On l'a d'ailleurs vu, le 20 septembre, surveiller les
digues qui protègent Bangkok des inondations, sur le fleuve Chao Phraya, au
nord de la ville.

Se baigner dans les
klongs...
Concernant les
embouteillages, Apirak reconnaît que « les gens [le] prennent pour un fou
lorsqu' [il] affirme vouloir régler le problème ». « Il faudrait plus
qu'une vie entière pour le résoudre !», affirme-t-il avec humour. L'une de
ses idées est de créer des lignes réservées aux bus, comme à Paris ou à Bogota.
Une autre d'utiliser la technologie GPS pour indiquer aux voyageurs dans
combien de temps arrive le prochain bus. Enfin, le nouveau patron de la
capitale souhaite créer davantage de stations pour les 75 000 taxis et les
milliers de bus de Bangkok, ce qui permettrait de libérer les voies où
s'entassent ces véhicules lorsqu'ils s'arrêtent pour prendre ou déposer des
passagers.
Le deuxième volet de
son programme, qui inclut un meilleur système de santé, une baisse sensible de
la criminalité, un meilleur système scolaire, semble plus du domaine de la bonne
volonté (on dirait « wishful thinking » en anglais), tant ces secteurs dépendent de politiques
nationales sur lesquelles le gouverneur de Bangkok n'a aucune autorité ;
ce d'autant plus s'il est d'un parti d'opposition.

Par contre, dans le

domaine de l'environnement, certains des projets d'Apirak, s'il trouve les
moyens de les mettre en œuvre, pourraient nous permettre de mieux respirer à
Bangkok. Il envisage notamment de créer des mini-parcs un peu partout en ville
et de planter des milliers d'arbres. Il souhaite « faire nettoyer les 1000
klongs (canaux) de la ville pour leur rendre une eau claire et encourager
les gens à ne pas les polluer » - a-t-il copié sur Chirac qui avait un jour
promis de se baigner dans la Seine et qu'on attend toujours ? Enfin, le
gouverneur entend développer des quartiers aujourd'hui délaissés, comme le long
de l'avenue Rama III, et améliorer l'atmosphère à Rattanakosin et autour du
quartier d'affaires de Silom. « Bangkok doit devenir un centre de qualité
de vie réputé dans le monde entier », affirme le jeune politicien. Le
moins qu'on puisse dire est qu'il a du « khanom paing » sur la
planche.
François Tourane

Publié par tourane à 04:54:01 dans asiareports | Commentaires (0) |

Thailande : front islamiste ? | 24 octobre 2004




Thaïlande : le nouveau front islamiste ?
Plusieurs centaine de jeunes musulmans du Sud de la Thailande se sont transformés du jour au lendemain en djihadistes forcenés. 108 d'entre eux ont

trouvé la mort le 28 avril après avoir attaqué des postes de police. Ce
mouvement séparatiste islamiste, étrangement, n'a ni visage, ni nom, ni slogan.

Par François Tourane, envoyé spécial à Pattani (texte du 30 avril 2004)

Zinédine Zidane était son idole. A 23 ans, capitaine de l'équipe du
village de Su So, Kamaruddin Maepromit semblait ne vivre que pour le football.
Il ne manquait jamais de rejoindre ses camarades pour une partie de ballon,
vers 16 heures, après une dure journée de travail dans une plantation d'hévéas
au cœur de la province de Songkhla. Et c'est avec ses 19 coéquipiers, âgés de
18 à 27 ans, qu'il a trouvé la mort, le 28 avril à l'aube, sous les balles des
policiers dont ils venaient d'attaquer le poste.
200 autres jeunes Yawis, l'ethnie musulmane majoritaire dans les trois
provinces du Sud de la Thaïlande, se sont lancés ce matin-là à l'assaut de dix
autres postes de police dans trois provinces.
Les autorités, alertées par un informateur, avaient renforcé les
effectifs dans toute la région : 108 assaillants, 3 policiers et 2
militaires ont trouvé la mort dans ces affrontements. Les jeunes gens, habillés
de noir, le front ceint d'un bandeau vert ou rouge, armés pour la plupart de
machettes et de couteaux et hurlant des slogans religieux, se sont retrouvés
sous le feu nourri des forces de l'ordre embusquées.
Depuis le 4 janvier, la région frontalière avec la Malaisie connaît un
regain de violences spectaculaire. Ce jour-là, un camp militaire de la province
de Narathiwat a été pris d'assaut par une bande très organisée qui serait
emparée de centaines d'armes de guerre.
Cette attaque semble avoir été l'élément déclencheur d'une série
d'agressions mortelles sur les représentants de la communauté bouddhiste et de
l'Etat. Une centaine de bonzes, policiers, fonctionnaires ont depuis été
assassinés, certains en pleine rue. Les forces de sécurité auraient procédé
dans le même temps à l'enlèvement d'une centaine de Yawis. Des dizaines
d'écoles gouvernementales ont été incendiées.
Le conflit latent entre les Yawis et les thaïs bouddhistes est
profondément ancré dans l'histoire. La ville de Pattani fut pendant des siècles
le cœur d'un Etat islamique prospère. La région, peuplée à 95% de Yawis, dont
la culture comme la langue sont similaires à celles des Malais, fut intégrée au
royaume de Siam – aujourd'hui Thaïlande - en 1902. Depuis, les mouvements
séparatistes en faveur de la restauration d'un Etat indépendant n'ont cessé de
manifester, souvent de manière violente, leur opposition à l'emprise
thaïlandaise. Dans les années 1990, ces groupes avaient perdu de leur vigueur.
La mort en « martyrs de l'Islam » de 32 jeunes yawis dans la plus
vieille mosquée du pays, près de Pattani, le 28 avril également, a fait monter
d'un cran la tension entre bouddhistes et Yawis.
Ils avaient trouvé refuge dans la mosquée Krue Se (XVIème siècle) après
l'attaque d'un poste de police tout proche. Après un siège de plusieurs heures,
l'armée thaïlandaise a noyé la bâtisse sous un déluge de balles et de grenades,
ne laissant aucune chance à ses occupants. « Je suis triste et en colère
car ils ont tué ces jeunes dans un lieu sacré qui représente le cœur de l'Islam
à Pattani.», explique Hadji Misin Nile, 75 ans, gardien de la mosquée depuis 40
ans.
La mosquée est devenue instantanément un lieu de pélerinage. Collés aux
grilles qui en interdisent l'entrée, des Yawis venus de toute la région
scrutent logtemps les quelques tâches de sang qui subsistent sur le sol en
marbre.
Le mouvement responsable de ces multiples violences reste pour
l'instant dans l'ombre. Ni face, ni nom, ni slogan. Les revendications des
anciennes organisations séparatistes sont considérées par les experts comme de
la récupération. Seule certitude : les assaillants du 28 avril étaient
portés par leur profonde foi musulmane. Certains témoignages de rebelles
arrêtés ce jour-là mentionnent seulement des hommes masqués qui leur auraient
inculqué la foi et insufflé des idées séparatistes. Aucun lien sérieux entre ce
mouvement fantôme et une organisation terroriste internationale n'a pu être
établi.
Localement, les seuls oulémas capables de lancer un appel au Jihad sont
sous surveillance étroite des services secrets locaux et de la CIA.
« La politique intérieure joue peut-être un rôle, notamment le
conflit entre l'armée et la police », s'avance Surasee Kosolnavin, de la
Commission nationale des droits de l'homme. En 2001, la politique de sécurité
dans le Sud a été confiée à la police aux dépends des militaires qui y auraient
perdu des revenus substantiels.
« Quelqu'un a mis en contact des hommes politiques, la mafia et des
imams sans scrupules pour atteindre son propre objectif politique, peut-être
les élections de 2005 », affirme de son côté Ahmad, un homme d'affaires de
Pattani.



END



Publié par tourane à 04:13:15 dans asiareports | Commentaires (2) |

Cambodge : les deux rois | 23 octobre 2004



Cambodge



Deux rois pour un royaume



Norodom Sihanouk a décidé de sortir de
l'Histoire par la petite porte. Acteur majeur de la politique cambodgienne
depuis plus de 60 ans, le souverain a annoncé en octobre qu'il prenait, à 82
ans, une retraite bien méritée. Pour des raisons constitutionnelles, le chef de
l'Etat n'a pas officiellement abdiqué, mais laissé la place à un successeur, en
l'occurrence son fils Norodom Sihamoni, élu nouveau roi par le Conseil du
Trône.



Sihanouk, qui compte passer « le reste de
son âge » dans sa résidence de Siem Reap, à deux pas des temples d'Angkor
qui firent autrefois la gloire et la puissance de son peuple aujourd'hui
miséreux, s'est vu conférer le titre de « roi héros ». C'est loin
d'être un titre usurpé : la vie de ce fou de cinéma - il a réalisé
lui-même de nombreux longs-métrages – n'aurait pu être inventée par le plus
imaginatif des scénaristes de Hollywood. C'est à 19 ans, à peine sorti du
lycée, que Sihanouk fut mis sur le trône, en 1941, par le régime de Vichy
français, qui pensait avoir à faire à un jeune aristocrate sans ambition. Mais
la fonction créant l'organe, le jeune souverain allait prendre la tête d'une
croisade pacifique pour l'indépendance du royaume, qu'il finit par obtenir de
la France en 1953. Pour mieux contrôler la politique cambodgienne, Sihanouk
abdiquait deux ans plus tard au profit de son père Norodom Suramarit et fonda
un parti, le Sangkum Reastr Niyum (communauté socialiste populaire), qui allait
remporter largement les élections pendant les quinze années suivantes. Premier
ministre, puis chef de l'Etat à la mort de son père, Sihanouk joue les
équilibristes alors que la guerre du Vietnam fait rage à l'Est du royaume. Il
porte haut le drapeau de l'indépendance et de la neutralité du royaume – il est
aujourd'hui le dernier survivant des cinq premiers signataires du Mouvement des
pays non-alignés (Nerhu, Tito, Nasser et Sukarno étaient les autres). Mais ses
sympathies prudentes pour les mouvements communistes lui vaudront, en mars
1970, d'être déposé lors un coup d'Etat fomenté en sous-main par les
Américains. Exilé à Pékin, il reviendra à Phnom Penh quand les Khmers rouges,
maoïstes fanatiques, prennent le contrôle du pays en 1975. Officiellement chef
de l'Etat, Sihanouk est de fait un véritable otage de l'Angkar, le régime
génocidaire des hommes de Pol Pot. Confiné dans son palais, il apprendra, à la
chute des Khmers rouges en 1979, que plusieurs de ses enfants ont péri dans
l'enfer des « champs de la mort ». Le retournement de situation qui
s'ensuit, avec l'installation d'un gouvernement communiste tenu en laisse par
les Vietnamiens ayant renversé Pol Pot, voit Sihanouk se lancer dans la
résistance. Son parti royaliste, le Funcinpec, s'allie même avec les Khmers
rouges ses anciens tortionnaires, pour lutter, sur la frontière thaïlandaise
contre un régime où le jeune Hun Sen, futur homme fort du pays, fait ses
premières armes.



Il faudra douze ans pour que les factions
cambodgiennes finissent par mettre un terme à ce conflit fratricide en signant,
en 1991, les Accords de Paris. Et l'immortel Sihanouk, porté par la vague de la
gigantesque opération de l'ONU – 2 milliards de dollars – qui allait conduire
aux élections de juin 1993, il remonte cette même année sur le trône pour la
deuxième fois. Selon ses propres termes, celui que son « petit
peuple » appelle affectueusement « Monseigneur Papa »,
« règne mais ne gouverne pas ». Pendant les onze ans qui suivent
jusqu'à sa « retraite » du mois dernier, le roi Sihanouk a pourtant
participé activement à la vie politique. Il a tour à tour arbitré en faveur de
son fils Ranariddh, chef de file des royalistes, ou du Premier ministre Hun
Sen, par de petites phrases sybillines ou des annotations assassines sur des
articles de presse, dénonçant la corruption, la déforestation, les inutiles
querelles politiques. Sihanouk a donc payé de sa personne, pendant sa dernière
période en pleine lumière, pour sortir le Cambodge et son peuple de
l'effroyable misère dans lequel le royaume est plongé depuis près de
trente-cinq ans. Mais l'influence du monarque avait fortement décru ces
dernières années, comme l'a prouvé son incapacité à résoudre la crise politique
qui a privé le royaume de gouvernement pendant près d'un an après les élections
de juillet 2003.



Fatigué par les ans et miné par la maladie –
les meilleurs médecins de Pékin le suivent depuis des années pour un cancer de
la prostate et un diabète – Norodom Sihanouk, après cette vie agitée, a donc
décidé de passer la main. S'il n'a pas officiellement choisi son fils Sihamoni
pour lui succéder, il a fortement influencé la décision du Conseil du Trône
chargé de désigner le nouveau roi. Sihamoni est le seul fils survivant de son
union avec la reine Monique, sa dernière épouse (Sihanouk a eu six femmes et
quatorze enfants). Très proche de ses parents, il a passé dernièrement de
nombreux mois auprès d'eux à Pékin. Célibataire de 51 ans, Sihamoni n'est pas
très connu au Cambodge. S'il a passé les années « Pol Pot » enfermé
dans le palais de Phnom Penh avec ses parents, il a depuis longtemps élu
domicile à Paris, où il occupait jusque récemment le poste d'ambassadeur du
Cambodge auprès de l'Unesco.



Artiste, ancien danseur, cinéaste, chorégraphe,
le jeune souverain ne devrait pas avoir les manies politiques de son père, et
c'est sans doute pour ça qu'il a été choisi, parmi les dizaines de descendants
des trois familles royales (Sisowat, An Duong, Norodom) qui pouvaient prétenre
au trône. Dès 1997, Sihanouk avait exprimé sa préférence pour Sihamoni, selon
lui seul candidat acceptable, car malléable, pour Hun Sen et Chea Sim, les deux
hommes-clés du parti du peuple cambodgien (PPC) au pouvoir. Mais c'est aussi ce
qu'avaient pensé les maîtres français du Cambodge en installant Sihanouk sur le
trône il y a plus de 60 ans. Et bon sang ne saurait mentir...





François Tourane
 



Encadré :



« J'ai trois mille ans »



L'extrait suivant d'une pièce de théâtre
d'Hélène Cixous et Ariane Mnouchkine, jouée à Vincennes en 1985, intitulée
« L'histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du
Cambodge », était semble-t-il prémonitoire :



Sihanouk : « Quand j'étais dans le
fracas du monde, comme je me suis démené ! J'ai tout vécu, tout gagné,
tout perdu, j'ai vu juste, j'ai vu faux, j'ai vu trop tôt, je n'ai pas vu le
poignard dans mon dos, je me suis trompé, je ne me suis pas trompé... » [...]
« J'ai trois mille ans. Je n'ai plus rien à perdre. Je suis à la pointe du
temps. Il y a des siècles que Sihanouk est sorti du fleuve. Ici, il n'y a plus d'erreur,
plus de rage. Devant moi s'étnd l'immense champ tranquille de la légende. Je
pourrais m'allonger, me reposer. Encore vivant, je suis devenu sage et âgé
comme les morts. Je n'ai plus la force, le courage de faire les erreurs, la
course, tout ce qu'il faut faire pour prendre part aux jeux de cette terre. Je
ne dirais plus rien. »





Copyright : « Prisonnier des Khmers
rouges », par Norodom Sihanouk, texte établi avec le concours de Simonne
Lacouture.



Publié par tourane à 14:21:10 dans asiareports | Commentaires (0) |

birmanie : serrage de vis | 23 octobre 2004


Birmanie

La chute de la maison Khin Nyunt

La rumeur d'une lutte de pouvoir au sein de la
junte birmane entre "modérés" et partisans de la ligne dure courait
depuis si longtemps qu'on avait fini par ne plus y croire ; avec la mise au
rencard de Khin Nyunt, numéro trois du régime, le 18 octobre, la fracture est
devenue apparente. Le chef des renseignements militaires a fini par perdre la
partie face au chef de la junte, le général Thanh Shwe, et se retrouve
aujourd'hui assigné à domicile après avoir lâché également son poste de Premier
ministre. Loin d'être un saint, Khin Nyunt était considéré comme un
pragmatique, partisan de réformes en douceur qui auraient permis aux militaires
de conserver une partie du pouvoir tout en donnant des gages à l'opposition représentée
par le prix Nobel de la Paix Aung San Suu Kyi. Cette dernière, assignée à
domicile par la junte depuis plus d'un an, reconnaissait d'ailleurs avoir des
rapports courtois avec Khin Nyunt.

Khin Nyunt était l'artisan principal de la "feuille de route" birmane, un plan de réformes en sept points lancé il y a un an, qui devait mener à des élections démocratiques. Sa première étape, une convention nationale en avril dernier, avait été boycottée par la Ligue

Nationale pour la Démocratie (LND) d'Aung San Suu Kyi et considérée comme
"de la poudre aux yeux" par de nombreux diplomates. Les tenants de la
ligne dure au sein de la junte, Thanh Shwe en tête, ont tout fait pour saboter
ce processus, pourtant encouragé par les voisins asiatiques de la Birmanie et certains
pays européens.

Un récent remaniement ministériel, en
septembre, avait sonné le glas de cette politique de semi-ouverture. Certains
proches de Khin Nyunt, comme le ministre des Affaires étrangères Win Aung, y
avaient perdu leur place. Et depuis quelques semaines, il semble qu'une large
purge était en cours au sein même des services de renseignements militaires,
véritable armée de l'ombre sur laquelle Khin Nyunt avait assis son pouvoir.
D'après Reporters Sans Frontières, l'arrestation de l'ancien Premier ministre a
été suivie immédiatement de la cessation de publication de 19 journaux et
magazines, dont la censure était assurée par les hommes des services secrets
militaires. Le magazine Living Color était notamment la propriété de Ye Naing
Win, le fils de Khin Nyunt, qui pourrait être prochainement l'objet d'un procès
pour corruption.

Avec la mise hors-jeu du clan des
« modérés », la poigne de fer des militaires de Rangoon s'est encore resserrée
d'un cran sur la population birmane. Seuls leurs alliés de Pékin ne semblent
rien y trouver à redire.

François Tourane

Publié par tourane à 14:14:03 dans asiareports | Commentaires (0) |

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