Pays où l'ubuesque le dispute au tragique, la Birmanie
s'emmêle dans ses noms. Au départ, les experts vous le diront, c'est déjà assez
compliqué : les Birmans n'ont pas de noms de famille et beaucoup d'entre eux
portent des noms similaires. Il faut ainsi des heures aux organisations de
défense des droits de l'homme pour vérifier si le nom d'un prisonnier politique
qui figure sur une liste de détenus libérés n'est pas en fait un vulgaire
voleur de poule du même nom. La junte militaire au pouvoir a décidé que cela ne
suffisait pas à rendre les choses assez compliquées. Elle a d'abord, il y a une
dizaine d'années, changé le nom du pays. Ne dites plus la Birmanie, mais
l'Union du Myanmar. On n'a jamais su, depuis, si les habitants étaient des
Myanmarais, des Myanmarois ou des Myanmariotes : l'essentiel de la communauté
internationale et des médias lui ont conservé son ancien nom et continue à
appeler Birmans ses habitants. <o:p />Alors, pour embrouiller définitivement ses interlocuteurs,
les généraux ont décidé de changer de capitale et d'en construire une toute
nouvelle au coeur de la jungle, au Nord de Rangoon.
Comment s'appelle cette ville ? On ne sait pas trop. Les premières informations
à son sujet évoquaient Pyinmana, le nom du gros bourg à proximité. Mais voilà
qu'on apprend que la nouvelle capitale est affublée du nom Naypyidaw, qui
veut dire cité royale. Dans le même temps, sur la radio d'opposition DVB, un
employé sur un chantier de construction de la ville expliquait que la
population locale appelait la nouvelle ville de l'ancien toponyme du lieu-dit,
soit Kyetpyay, qui signifie poulet en fuite. <o:p />
Anecdote qui n'a rien à voir mais qui illustre bien laparanoïa du régime : le numéro deux de la junte aurait fait interdire
l'utilisation des téléphones mobiles dans la nouvelle capitale pour des raisons
de sécurité. Merdre au progrès, eût dit le Père Ubu!