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Thailande : front islamiste ?




Thaïlande : le nouveau front islamiste ?
Plusieurs centaine de jeunes musulmans du Sud de la Thailande se sont transformés du jour au lendemain en djihadistes forcenés. 108 d'entre eux ont

<o:p>trouvé la mort le 28 avril après avoir attaqué des postes de police. Ce
mouvement séparatiste islamiste, étrangement, n'a ni visage, ni nom, ni slogan.
</o:p>

Par François Tourane, envoyé spécial à Pattani (texte du 30 avril 2004)

<o:p><o:p>Zinédine Zidane était son idole. A 23 ans, capitaine de l'équipe du
village de Su So, Kamaruddin Maepromit semblait ne vivre que pour le football.
Il ne manquait jamais de rejoindre ses camarades pour une partie de ballon,
vers 16 heures, après une dure journée de travail dans une plantation d'hévéas
au cœur de la province de Songkhla. Et c'est avec ses 19 coéquipiers, âgés de
18 à 27 ans, qu'il a trouvé la mort, le 28 avril à l'aube, sous les balles des
policiers dont ils venaient d'attaquer le poste.
<o:p>200 autres jeunes Yawis, l'ethnie musulmane majoritaire dans les trois
provinces du Sud de la Thaïlande, se sont lancés ce matin-là à l'assaut de dix
autres postes de police dans trois provinces.
Les autorités, alertées par un informateur, avaient renforcé les
effectifs dans toute la région : 108 assaillants, 3 policiers et 2
militaires ont trouvé la mort dans ces affrontements. Les jeunes gens, habillés
de noir, le front ceint d'un bandeau vert ou rouge, armés pour la plupart de
machettes et de couteaux et hurlant des slogans religieux, se sont retrouvés
sous le feu nourri des forces de l'ordre embusquées.
Depuis le 4 janvier, la région frontalière avec la Malaisie connaît un
regain de violences spectaculaire. Ce jour-là, un camp militaire de la province
de Narathiwat a été pris d'assaut par une bande très organisée qui serait
emparée de centaines d'armes de guerre.
Cette attaque semble avoir été l'élément déclencheur d'une série
d'agressions mortelles sur les représentants de la communauté bouddhiste et de
l'Etat. Une centaine de bonzes, policiers, fonctionnaires ont depuis été
assassinés, certains en pleine rue. Les forces de sécurité auraient procédé
dans le même temps à l'enlèvement d'une centaine de Yawis. Des dizaines
d'écoles gouvernementales ont été incendiées.
Le conflit latent entre les Yawis et les thaïs bouddhistes est
profondément ancré dans l'histoire. La ville de Pattani fut pendant des siècles
le cœur d'un Etat islamique prospère. La région, peuplée à 95% de Yawis, dont
la culture comme la langue sont similaires à celles des Malais, fut intégrée au
royaume de Siam – aujourd'hui Thaïlande - en 1902. Depuis, les mouvements
séparatistes en faveur de la restauration d'un Etat indépendant n'ont cessé de
manifester, souvent de manière violente, leur opposition à l'emprise
thaïlandaise. Dans les années 1990, ces groupes avaient perdu de leur vigueur.
La mort en « martyrs de l'Islam » de 32 jeunes yawis dans la plus
vieille mosquée du pays, près de Pattani, le 28 avril également, a fait monter
d'un cran la tension entre bouddhistes et Yawis.
Ils avaient trouvé refuge dans la mosquée Krue Se (XVIème siècle) après
l'attaque d'un poste de police tout proche. Après un siège de plusieurs heures,
l'armée thaïlandaise a noyé la bâtisse sous un déluge de balles et de grenades,
ne laissant aucune chance à ses occupants. « Je suis triste et en colère
car ils ont tué ces jeunes dans un lieu sacré qui représente le cœur de l'Islam
à Pattani.», explique Hadji Misin Nile, 75 ans, gardien de la mosquée depuis 40
ans.
La mosquée est devenue instantanément un lieu de pélerinage. Collés aux
grilles qui en interdisent l'entrée, des Yawis venus de toute la région
scrutent logtemps les quelques tâches de sang qui subsistent sur le sol en
marbre.
Le mouvement responsable de ces multiples violences reste pour
l'instant dans l'ombre. Ni face, ni nom, ni slogan. Les revendications des
anciennes organisations séparatistes sont considérées par les experts comme de
la récupération. Seule certitude : les assaillants du 28 avril étaient
portés par leur profonde foi musulmane. Certains témoignages de rebelles
arrêtés ce jour-là mentionnent seulement des hommes masqués qui leur auraient
inculqué la foi et insufflé des idées séparatistes. Aucun lien sérieux entre ce
mouvement fantôme et une organisation terroriste internationale n'a pu être
établi.
Localement, les seuls oulémas capables de lancer un appel au Jihad sont
sous surveillance étroite des services secrets locaux et de la CIA.
« La politique intérieure joue peut-être un rôle, notamment le
conflit entre l'armée et la police », s'avance Surasee Kosolnavin, de la
Commission nationale des droits de l'homme. En 2001, la politique de sécurité
dans le Sud a été confiée à la police aux dépends des militaires qui y auraient
perdu des revenus substantiels.
« Quelqu'un a mis en contact des hommes politiques, la mafia et des
imams sans scrupules pour atteindre son propre objectif politique, peut-être
les élections de 2005 », affirme de son côté Ahmad, un homme d'affaires de
Pattani.</o:p></o:p></o:p>



END



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